Chroniques

Chronique du PBC# 3 par Nicolas Quinette

Photos : Bruno Chapiron

Session du PBC du 16/06 — “Chine”.

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Nobue ouvre le tour de table en nous présentant “10 maréchaux chinois”. L’ouvrage, un leporello, laisse apparaitre à mesure qu’il se déplie les portraits successifs de 10 dignitaires de la Chine des années 1950. Complètement ouvert ces 10 portraits font une sorte de guirlande énigmatique. S’agit-il d’un ouvrage de propagande? Nobue qui a cherché à savoir ne l’affirme pas.

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La matière du livre est sans âge avec un papier qu’on dirait bruni par le temps à la manière d’un très vieux papier journal. La couverture toilée est en comparaison presque luxueuse. Chaque photo est une icône militaire — une tête sur un buste médaillé — d’un dépouillement impressionnant. Aucun texte en contrepoint des photos. Cet objet photographique est une énigme.

Clément enchaîne avec un livre lui aussi de facture chinoise, édité en 1984 : un inventaire des pathologies relatives à la langue (l’organe) et à l’usage des médecins.

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C’est un succession de langues tirées photographiées en couleur (la couleur plate, grossière et sans contraste des reproductions issues des pays socialistes dans les années 1970-80). Dés la quinzième page je ne vois plus des langues humaines mais des chairs aux formes, aux consistances;, aux textures et aux couleurs délirantes. Comme des paysages de chair mouillée.

Pascal présente “W ou l’oeil d’un long nez” de P. Zackman. Les photos et textes de Zackman racontent un voyage qui est aussi une quête de soi. Les textes font résonner les photos, les contredisent, les interrogent. Zackman en Chine doute de ce qu’il est, doute de ce qu’il voit et dit au travers de son livre son incapacité à pénétrer le monde par-delà ses apparences.

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Zackman s’invente un alter-ego et se sert de la complexité de la Chine pour parler de sa quête identitaire, celle d’un juif à la fin du XXe siècle. Le titre de l’ouvrage renvoie au livre “W ou le souvenir d’enfance” où Georges Pérec dit la blessure et le gouffre qu’il porte en lui depuis la disparition de ses parents déportés en camp de concentration.

Saddredine est venu avec un petit livre de la chine des années 1950-60 photographiée par Riboud. C’est une photographie émerveillée et donc très différente de la photographie torturée de Zackman. Et puis le livre est imprimé en Chine, un lien de plus avec la thématique du jour.

Elise présente le travail que Burtinsky, photographe canadien, a mené dans une Chine gigantesque et en pleine mutation.

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Ce livre est celui d’un militant qui stigmatise les désastres écologiques inhérents aux développements de chantiers grandioses, démesurés, délirants sensés alimentés en énergies diverses un pays qui s’urbanise à vitesse grand V. Cette volonté de saisir le gigantisme à l’oeuvre rend photographiquement une chine lointaine, figée dans les clichés de “la Chine fourmilière”. Le photographe via ses images ne semble plus en lien avec la dimension humaine du pays, comme si l’humain avait disparu, c’était perdu dans le paysage.

Claude nous fait découvrir “Architecture Density” de Wolf.

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Des façades de multiples blocs d’habitations photographiées à Honkong depuis un même point de vue situé sur les hauteurs de la presqu’île dans un cimetière. Ce ne sont plus seulement des immeubles mais aussi des formes géométriques multicolores qui rappellent certaines oeuvres de Mondrian ou de Richter. Dans ce travail la concentration urbaine prend la forme de blocs compacts, organiques qui semblent flottés hors du temps et de l’espace, par-delà l’humanité….

Barbara présente le livre catalogue d’un travail réalisé le long du Yangtsé.

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Les lieux photographiés portent les stigmates de l’intervention humaine et restent malgré tout immenses et énigmatiques. L’esthétique du photographe se réfère à celle de la peinture chinoise traditionnelle. Le livre est un catalogue sans âme.

Jean-Pierre nous propose “alors la Chine ?”; catalogue d’une expo présentée dans les murs du centre Beaubourg qui se veut une sorte de panorama de la création plastique chinoise contemporaine.

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Ça donne une énumération froide et lourde comme un bottin. Pas grand chose à en dire selon Jean Pierre.

Anne Frédérique nous soumet un petit livre de poche rassemblant les oeuvres d’ un jeune artiste chinois de Pékin.

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Très inspiré par la tradition picturale chinoise, il recrée des paysages à partir de son environnement pékinois en usant de l’outil numérique. Ce petit livre ne rend absolument pas l’ampleur saisissante qui se dégage des oeuvres dans leur taille réelle.

Pierre présente “Kailash” de Max Pam. Carnet d’un voyage mené au Tibet à la fin des années 1990 dans lequel photos et textes racontent au jour le jour, le quotidien de cette virée himalayenne.

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Chaque page concentre le bordel et la liberté visuelle de Pam, un peu à la manière d’ un carnet d’esquisse ou d’ un carnet de brouillon. On est dans l’intimité de Pam autant qu’au Tibet.

François met sur la table “Pékin théâtre du peuple”. Le photographe tente de saisir la mutation architecturale du Pékin des années 2000. Les lieux photographiés de nuit sans aucune présence humaine sur les images semblent être ceux d’une ville morte, d’un décor.

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Le livre est malmené par certains qui ont l’impression d’avoir beaucoup déjà vu ce type de réalisation (à la chambre) tape à l’oeil, clinquante, outrageusement dramatique. Une sorte d’esthétique publicitaire facile et gratuite.

Nathalie sort de son sac “White Nose” travail d’un photographe portugais dont je n’ai plus le nom.

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L’auteur s’attache à saisir dans les casinos de Macao, des détails étranges et chargés qui tiennent tout autant du décor que de l’architecture. Les mondes photographiés sont comme les restes d’un monde disparu, figé, ailleurs et qui pourtant nous parle encore.

Karine nous présente un livre de Li Wei, plasticien photographe qui s’auto-portraitise en suspension dans les airs chinois. Karine précise que les mises en scène ne sont pas truquées, que Li s’envole vraiment et que jamais il ne chute ni ne s’écrase.

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Certains dans l’assistance y voient une métaphore— celle du chinois libre, léger, aérien. D’autres dont je fais partie y voient une grosse mascarade bien lourdingue et insignifiante.

Pablo clôt le tour de table avec “Pékin 66” de Solange Brand qui a photographié la capitale chinoise en pleine révolution culturelle (1966) alors qu’elle avait en charge le secrétariat de l’ambassade de France.

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Les photos sont naïves, innocentes. N’y apparait aucun signe de la dictature qui sévit. En contrepoint des photos figurent des témoignages de chinois ayant vécu cette période. Et un texte de Françoise Denoyelle, historienne de la photographie et présidente actuelle du bar Floréal.

En vedette américaine, Pierre Bessard, fondateur des éditions Pierre Bessard nous présente quelques fruits du travail qu’il mène un pied à Paris, l’autre à Pékin en collaboration avec des photographes de Chine ou d’ailleurs (Max Pam, Bernard Plossu……).

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Travail d’édition soigné parfois en décalage avec les images brutes de certains photographes édités……

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Chronique du PBC# 2 par Nicolas Quinette

Photos : Bruno Chapiron

Une vingtaine de participants se réunissent autour de la thématique “résistances” pour la deuxième session du Paris Photobook Club. Le bar Floréal est invité à débattre et à présenter son activité éditoriale au cours de cette seconde session.

Nombreux sont les livres mis sur la table qui traitent de la marge, de la guerre, de l’insoumission, d’une tentative d’approcher la mort, d’une recherche de sensations intimes et fortes.
Tous disent le territoire, un territoire à inventer, un territoire à inventorier, un territoire à parcourir et explorer qu’il soit d’ordre communautaire, intime, imaginaire ou géographique.
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Claude Lemaire présente “Révolutions” de Rémi Ochlik, jeune photo journaliste tué il y a peu en pleine action.
Le livre édité post-mortem raconte l’itinéraire du photographe drogué de guerre et progressivement aspiré par elle.
Selon Claude, la capacité d’Olchik à être au cœur des conflits où les risques sont énormes est une forme de résistance.
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Olivier Hodasava présente Whispering Pines de Birmey Imes.
B. Imes a photographié une trentaine d’années durant un relais routier américain livré à lui-même et quasi déserté depuis la réorganisation du réseau routier local.
Les propriétaires du relais et quelques voisins amis continuent d’être là, aussi enracinés et indestructibles que des herbes folles qui poussent là où plus rien ne pousse.
Ce petit monde et la façon dont il est photographié constituent une résistance à la modernité et au temps qui passe.
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 Guillaume Thiriet présente le livre auto- produit du Portugais São trindade en collaboration avec un laboratoire portugais, “Ghost”, qui œuvre dans l’expérimentation et la création plasticienne. L’objet par son contenu et sa forme — non relié, non paginé, sans aucun nom — est un livre-oeuvre selon Guillaume; à savoir qu’il échappe aux normes éditoriales et de ce fait devient une sorte d’objet photographique énigmatique, multiforme et mystérieux.
Autour de la table la notion de livre d’artiste est discutée, mais pas le contenu du livre (photos n&b qui montrent à chaque fois le corps d’un homme ou d’un femme, effondré, jeté par terre).
Sophie Carlier présente Plaies à vif de Stanley Green.
Ses 5 mots : fantôme, militant, apocalypse, sombre, colère.
S. Green raconte photographiquement sa totale dévotion à la cause tchétchène faite d’un engagement morale, poétique et humain aux côtés des résistants.
House de Saul Leiter présenté par Delphine Quême
Photographe issu de la photo de mode et qui s’en démarque quand il photographie pour lui-même.
Ce livre déroule des visions du quartier qu’il habite et photographie en couleur à une époque — les années 50 — où peu s’y tentent à la couleur. Visions douces, reflétées, timides et intimistes qui se défient du spectaculaire.
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Protest Photographs de Chauncey présenté par Jean-Pierre Viguier.
Ses mots : Engagement, intégrité, tradition, décor…..
Sorte de documenteur du réel social de son pays, les Etats-Unis, il s’absorbe et se fond dans ce qu’il photographie : l’habitat des gens de peu.
Psychothérapeute de profession, il pratique une photographie qu’il veut la moins commerciale et grandiloquente possible. Il a d’ailleurs fait don de tous ses négatifs à une bibliothèque de son pays afin qu’ils ne soient pas l’enjeu de spéculations.
Jiaxing Hu présente Paysans de R. Depardon.
Touché par la façon dont l’auteur associe le verbe à la photographie, ceci évoque à Jiaxing les livres de son enfance.
Depardon au travers de cette série revient à ses origines paysannes : il va au contact d’une population marginalisée, fragilisée tout autant qu’il saisit un mode de vie, une façon d’être enraciné à la terre.
Ce livre est un hommage au monde d’où il vient et l’affirmation que ce monde est encore en lui.
Emilie Hallard présente Ice de D’Agata.
Les textes qui figurent dans le livre — échanges de mails avec ses proches — sont indissociables des photos.
C’est un livre de vie : il s’agit de se photographier en vie, d’être le plus vivant possible.
Le livre est radical, brutal comme un bloc de chair humaine qui heurte le monde…
Makulatur de Nozolino présenté par Gianluca Tamorri
Livre maigre, sombre, dense, tendu comme une corde entre vie et mort. Chaque double page s’organise en diptyque et chaque diptyque associe des photos lourdes, brutes et polies comme des blocs monolithiques……
Jakob Hold présenté par Matteo Tranchesi
Mots : société, propagande, politique, USA.
Ce sont les photos d’un homme étonné du monde qu’il découvre (l’Amérique du Nord) et qui photographie pour témoigner à son père, basé en Suède, de la réalité de ce qu’il qu’il voit.
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Les trois derniers participants, Nathalie Belayche; François Sabourin et Jennifer Muller présenteront respectivement Tusla de Larry Clarck (et Tractor boys de Martin Bogren), La Ballade de la dépendance sexuelle de Nan Goldin et Kiss the pass hello de Larry Clarck en faisant référence à l’intimité et au journal intime, en parlant d’une jeunesse rebelle. On notera cependant que les anecdotes de vie des auteurs sont davantage développées que les images emblématiques des livres

Place aux invités :

Eric Facon (bar Floréal) et Pierre Hybre (Myop) présentent leur livre “Chroniques Indiennes” comme un dialogue photographique à 2 regards, fait de séquences imbriquées les unes aux autres à la manière d’un film.
Selon Eric il ne s’agit pas avec ce livre de chroniquer un voyage mais d’exprimer la sensation d’être au bout du monde, ailleurs, loin de tout.
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Pierre Gaudin, des éditions Créaphis et éditeur de nombreux livres de photographes du bar Floréal.photographie, dit la difficulté d’éditer des livres aujourd’hui.
“Faire des livres et les proposer en librairie c’est résister”.
Pierre est positivement étonné de l’engouement et de la passion que suscite le livre photo autour de cette table.
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André Lejarre (bar Floréal) présente son livre “Africaines” édité par Créaphis.
Toutes les photos ont été faites dans un même village du Sénégal et du coup aux yeux d’André ce petit village emblématique de la ruralité en Afrique est devenu un centre du monde, aussi dense, chargé, touchant que n’importe quel grand centre urbain. André a réalisé ces photos et ce livre contre le voyage l’idée de voyage.
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